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Dossier sur la créativité

L'évolution de la créativité au Québec

Les Québécois sont un peuple de « patenteux ». De tout temps, l’histoire, le climat, leur nombre et leur situation minoritaire ont bâti l’esprit créatif des Québécois. L’entreprise Bombardier et les caisses Desjardins ont posé les jalons; puis la Révolution tranquille a ouvert les vannes qui n’ont cessé de gonfler les flots de la créativité québécoise.

Le climat est l’une des raisons de la création d’une des plus grandes entreprises du Québec, Bombardier. Armand Bombardier a fabriqué sa première motoneige, dit-on, dans l’espoir qu’aucune femme ne meure plus en accouchant parce que le médecin n’est pas arrivé à temps.

Outre cet aspect historique, l’explosion de la créativité québécoise date du début des années 60 avec les balbutiements de la Révolution tranquille. « La naissance de deux entreprises, Cossette et BCP, marque un tournant. Avant, la publicité venait des États-Unis, on présentait des traductions. On s’en est inspiré, mais en fondant ces entreprises, les Québécois ont commencé à sentir qu’ils étaient capables d’être très créatifs alors qu’avant ils ne le pensaient pas », explique Claude Cossette. Aujourd’hui des agences de publicité comme Bos ont suivi la trace de leurs aînés et étendent leur influence ailleurs qu’au Québec. Bos a des bureaux à Toronto et innove au niveau du web 2.0. Tout comme Brad Marketing ou 6degrès, des agences de Québec.

Les Québécois ont toujours été obligés de se débrouiller et ont ainsi développé leur imagination par obligation. « La seule différence est qu’avant les années 60 cette créativité n’était pas mise en marché. La Révolution tranquille a réveillé la fibre d’entrepreneur qui sommeillait dans chaque « patenteux ».

La situation géographique et la réalité linguistique minoritaire du Québec, à cheval entre la France et l’Amérique du Nord, permettent à ce peuple de s’abreuver à deux grandes cultures et de s’en enrichir. « Lorsque j’ai créé Cossette, il n’y avait pas grand-chose; je me suis inspiré de ce qui se faisait ailleurs, mais j’ai inventé la procédure de création publicitaire propre au Québec à partir de ce que je lisais ».

Le fait que les Québécois ne représentaient pas la culture dominante les a forcés à réinventer plusieurs manières de faire. « Quand on vient de Baie-Saint-Paul comme Guy Laliberté, le fondateur du Cirque du Soleil, on n’a pas les moyens de s’acheter un éléphant pour faire du cirque traditionnel. Pour se démarquer, il faut être différent et meilleur », explique Claude Cossette. Ce qui a donné naissance aux costumes et spectacles grandioses et uniques qu’offrent le Cirque du Soleil dans le monde entier.

La fierté québécoise

La créativité québécoise est encouragée par le sentiment de fierté engendré par les réussites. « Même si les Québécois sont très critiques face à ceux qui réussissent, il y a un grand sentiment de fierté et de solidarité. Ce que le Parisien n’a pas, car il se sent plus en compétition », souligne Claude Cossette.

L’histoire du peuple québécois, parsemée de luttes pour pouvoir se tailler une place dans la société canadienne et son statut minoritaire auraient engendré une créativité plus importante.

D’ailleurs, après la Révolution tranquille, les exemples se multiplient. L’Exposition universelle de 1967 en est un point tournant. « Cet événement a une importance capitale pour la jeunesse québécoise qui est dans la vingtaine à cette époque. Elle a fréquenté l’Expo et s’en est inspiré. Elle a bu cette effervescence avec avidité », mentionne Claude Cossette.

Habitat 67, un complexe immobilier original d’un jeune architecte montréalais, Moshe Safdie, est un des exemples historiques de la créativité de la fin des années 60. Par la suite, les Jeux olympiques de 1976 ont permis à la société québécoise d’avoir confiance en ses moyens. Puis les Floralies en 1980. « On a senti qu’une manière de penser très québécoise et originale s’imposait », conclut Claude Cossette.

Le rêve d’un Québec créatif

Certains rêvent de voir le Québec devenir un fer de lance mondial de la créativité. D’autres pensent que le manque de combattants empêchera la belle province de faire ses preuves sur la scène mondiale. Pourquoi ne pas rêver ?

Plusieurs sont persuadés que le Québec possède le potentiel pour rayonner au niveau mondial. Patrick Cohendet, Français établi depuis 6 ans au Québec, professeur à l’École des hautes études commerciales (HEC) et co-directeur de MosaiC, le Centre de recherche et de transfert sur le management de la création dans la société de l’innovation, confirme le rayonnement international du Québec. D’ailleurs, la métropole québécoise se compare avantageusement à Barcelone ou à Amsterdam. « Les gens connaissent Montréal et le Québec pour leur créativité. Les Québécois sont pris en exemple. Je suis très optimiste pour l’avenir. Ici, on peut tout faire, alors qu’en France, il faut démontrer qui on est. Au Québec, les barrières administratives sont limitées. Cette liberté est très importante pour la créativité », souligne-t-il.

Le professeur ajoute que la créativité québécoise a un formidable potentiel pour se sortir de la crise économique. « N’oublions pas que le taux de croissance des entreprises créatives dépasse le taux des autres entreprises ».

Un potentiel créatif pointe du côté écologique. En effet, plusieurs initiatives écoresponsables viennent du Québec. « La créativité pourrait injecter des idées nouvelles dans toutes les industries », suggère le professeur. « L’avenir créatif de Montréal et du Québec est définitivement positif, inspirant et prometteur », ajoute Yves Bourguignon, agent de développement pour la conférence régionale des élus de Montréal.

Mais tout le monde n’est pas du même avis. Le publicitaire et professeur Claude Cossette n’est pas très optimiste à cause du statut minoritaire du Québec et de sa faible puissance financière.

Qui aura raison ? Les exemples de succès créatifs se multiplient pour démontrer que la relève est prête et bien loin de s’essouffler. On l’encourage et plusieurs travaillent dans cet esprit. Du 2 au 17 juillet prochain, la deuxième édition de l’École d’été en management de la création dans la société de l’innovation se déroulera à Montréal et regroupera des gens du Québec et de l’étranger.

Maintenir le « momentum » créatif
Finalement, cet aspect créatif devrait être encouragé dans les entreprises. Comment ? En consultant les employés. Une boîte à idées peut accoucher d’idées nouvelles dans l’organisation du travail!

Il faut aussi alimenter la créativité citoyenne qui s’exprime de plus en plus, en particulier grâce à Facebook et Twitter. « La créativité citoyenne contamine les autres, c’est inspirant », conclut Yves Bourguignon.

Les 1001 succès créatifs du Québec

De la moto-neige au Bixi, ou de Michel Tremblay à Robert Lepage, les plus connus, en passant par Réalisations.net et Vyv, ou Hubert Aquin et André Mathieu, plus méconnus du grand public, les exemples de la créativité québécoise sont nombreux et multiples. Impossible de tous les répertorier dans un seul texte. Il faut choisir entre le Cirque du Soleil, la Grande traversée de la Gaspésie, Ubisoft, les accessoires de vélo Arkel, Zik.ca qui concurrence avantageusement iTunes, la création des CFER par le père du recyclage au Québec, Normand Maurice et des centaines d’autres.

Pascal Henrard est chef de création et d’image de marque pour ARTV. D’origine belge; il pense que les Québécois excellent dans plusieurs domaines. « L’ingéniosité et le côté « patenteux » font partie des gènes des Québécois, peut-être parce qu’ils ont dû inventer un mode de vie dans un nouveau monde à vivre », lance-t-il. Pour prouver ses dires, il défile de nombreux exemples d’agences de design, de publicité ou de communications comme Sid Lee, fondée par Jean-François Bouchard et qui excelle maintenant à l’étranger. On compte aussi des agences comme Bos et Cossette qui se sont positionnées à l’échelle internationale pour concurrencer les agences du monde entier. Du côté du cinéma les exemples pullulent aussi. De Xavier Dolan à des réalisateurs comme Jean-Marc Vallée qui a réussi à séduire un public international et a signé la réalisation de Young Victoria, un film britannique de renommée mondiale.

Claude Cossette souligne également le talent et la réussite de Daniel Langlois. Il a créé Softimage en 1986, une compagnie de logiciels de modélisation 3D, se permettant de la vendre plus de 200 millions à Microsoft en 1994, à peine 8 ans plus tard.

La créativité s’exporte

Si on parle souvent des artistes et des entreprises qui réussissent à l’étranger, il ne faut pas oublier les artistes qui vivent de leur art, comme les ateliers du Mile End.

On a aussi des initiatives comme la revue Urbania, l’émission Mange ta ville, les accessoires pour le vélo de la compagnie sherbrookoise Arkel et les vêtements écologiques Respecterre (www.respecterre.com). Comment oublier Johanna Berzovska d’Exagram qui fait des textiles intelligents, un mélange de science et de culture.

Le côté artistique créatif de Roger Parent s’exprime à travers son entreprise Réalisations.net (http://realisations.net), une compagnie qui conçoit les décors des plus grands hôtels du monde entier, à Las Vegas, au Mexique. S’il y a exportation, 90 % de la conception et de la fabrication se font au Québec.

On a aussi Vyv (www.vyv.ca) une compagnie d’habillage scénique et d’environnement virtuel qui a produit des effets spéciaux pour Britney Spears et Justin Timberlake.

On ne peut passer sous silence le talent de l’entreprise située dans les Laurentides, Hybride Technologies, qui a travaillé sur les effets spéciaux du film de James Cameron, Avatar.

La culture sous toutes ses formes

Les groupes Arcade Fire, Malajube, les chanteurs Ariane Moffat, Coeur de Pirate et Pierre Lapointe, l’auteur-illustrateur Michel Rabagliati, l’écrivaine Marie-Christiane Bernard, lauréate du prix France-Québec, sont aussi des créateurs québécois qui s’illustrent un peu partout. Patrick Cohendet souligne que le domaine de la musique électronique est très dynamique à Montréal. Il donne l’exemple de Société des arts technologiques (SAT, www.sat.qc.ca) qui est un centre dédié au développement et à la conservation de la culture numérique.

La beauté s’exporte

Si le Québec ne se compare pas à la France pour les produits de beauté, cela n’a pas empêché plusieurs entrepreneurs dans le domaine comme Lise Watier et Alain Renaud de s’y frotter. Les soins corporels et produits de beauté que ces compagnies ont créés se retrouvent sur les tablettes en France. Les laboratoires de Druide ont misé sur des produits de soins cosmétiques biologiques certifiés par Écocert.

Les succès du multimédia

L’avènement de la Cité du multimédia au début des années 2000, aidé de mesures gouvernementales, a fait la renommée de Montréal. Si la firme française Ubisoft s’est installée à Montréal, elle a aussi été un vecteur dans la création d’entreprises du même type. À Québec, Beenox est une vedette dans le développement des jeux vidéo. Fondée par un jeune de la région, Dominique Brown, la compagnie continue d’y rayonner malgré son acquisition par Activision. Beenox poursuit son ascension avec des jeux tels que « Guitar Hero » qui compte une dizaine de millions d’adeptes ou « Quantum of Solace », de la populaire série James Bond. Tout ceci fait au Québec !

Côté informatique, on doit aussi souligner le succès de Druide informatique inc. qui a développé le très populaire logiciel de correction de français, Antidote.

Côté cuisine

Si on illustre souvent la créativité par la culture et la technologie, le Québec s’illustre dans d’autres domaines très diversifiés. En cuisine, on peut citer le propriétaire-chef du restaurant Toqué, Normand Laprise. Ce dernier réinvente la cuisine dans chacun de ses plats, tout en s’approvisionnant localement.

Quand on mange, il faut boire. Le cidre de glace, unique au monde, est un excellent apéritif qui utilise le froid climat. « C’est un très bon exemple du potentiel créatif québécois. Il y a beaucoup d’intelligence dans la campagne québécoise, pas seulement en ville », souligne Patrick Cohendet.

La mode québécoise

Outre la cuisine, la mode n’est pas en reste. Il fait froid au Québec en hiver ? Peu importe! Utilisons cet aspect de notre climat pour fabriquer des vêtements totalement adaptés. Les manteaux de Kanuk, Quartz nature et Chlorophylle le démontrent. Cette dernière est aussi à l’avant-garde en matière de vêtements de sport, tout comme Louis Garneau dans le domaine cycliste, même si la majorité de ses créations sont fabriquées en Asie.

Outre les manteaux traditionnels, on s’habille parfois de fourrure. Pas très écolo direz-vous? Détrompez-vous! Mariouche Gagné a développé une compagnie de renommée internationale, Harricana, dont les débuts ont été marqués par le recyclage de la fourrure. Dix-sept ans après la création de Harricana, la réutilisation de tissus usagés s’est multipliée. Mariouche Gagné a lancé une mode. Sa créativité a inspiré de nombreux designers qui l’ont imitée.

Un exemple de créativité unique que d’autres pays n’exploitent pas est ce type d’entreprises de récupération et de réutilisation qui s’est développé pour toutes sortes de matières. La compagnie Bagnole fabrique des sacs à partir de ce qu’on trouve dans les voitures, cuirs et accessoires. Il existe tant de « créateurs-récupérateurs » qu’un salon spécifique à ces artisans se déroule maintenant chaque année à Montréal et devient de plus en plus populaire.

En même temps, les exemples ne se limitent pas à de grandes entreprises qui fabriquent et conçoivent des choses extraordinaires. Aquaovo illustre parfaitement la créativité écologique à petite échelle. La compagnie a mis en marché divers distributeurs et filtres d’eau en porcelaine. Beaucoup plus design que les traditionnelles bouteilles en plastique (http://www.aquaovo.com/).

Où qu’on se tourne au Québec, quel que soit le domaine, on peut constater le potentiel créatif des Québécoises et des Québécois, autant celui qui a déjà été mis en œuvre que celui prêt à éclore
 
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